Le chamanisme est un ensemble de pratiques très anciennes, observées sur tous les continents, dans lesquelles une personne, le chamane, entre dans un état de conscience modifié, souvent au son du tambour, pour se mettre en relation avec la nature et avec un monde invisible d’esprits, d’ancêtres et d’animaux. Ce n’est ni une religion unique ni une promesse magique, mais une façon d’habiter le monde qui considère que tout ce qui existe est vivant.
J’enseigne le voyage chamanique à Nîmes, et je constate que le mot évoque des images très différentes selon les personnes. Dans cet article, je vous explique d’où vient le chamanisme, quels en sont les grands principes, et comment il se pratique aujourd’hui, avec ses richesses et ses dérives.
D’où vient le mot chamane
Le mot vient de la langue des Toungouses, un peuple de Sibérie, aujourd’hui appelés Evenks. Son sens exact est discuté : l’anthropologue Roberte Hamayon rappelle que l’on y a vu soit « celui qui sait », soit une racine liée au fait de s’agiter, de bondir ou de danser. Le terme s’est diffusé en Europe à travers les récits des voyageurs et des savants qui ont parcouru la Sibérie, avant d’être appliqué, par extension, à des pratiques comparables observées ailleurs dans le monde.
Vous lirez parfois « chaman » et parfois « chamane » : les deux orthographes existent. J’utilise « chamane », plus proche du mot d’origine.
Les origines du chamanisme
Le chamanisme n’a pas de fondateur ni de texte sacré. Il a été observé chez les peuples de Sibérie et de Mongolie, en Asie, chez les peuples amérindiens du nord et du sud, en Afrique, en Australie, et dans les anciennes traditions scandinaves. On l’associe souvent aux sociétés de chasseurs-cueilleurs, ce qui laisse penser qu’il est très ancien, même si l’on ne peut pas le dater avec certitude.
Il faut d’ailleurs se garder de parler d’un chamanisme au singulier. Chaque peuple a ses propres gestes, ses propres esprits, ses propres rituels. Ce que l’on appelle chamanisme est un mot commode, forgé par des observateurs occidentaux pour rapprocher des pratiques qui se ressemblent sans être identiques.
Ce qu’en disent les ethnologues
L’historien des religions Mircea Eliade a décrit le chamanisme comme une technique de l’extase : le chamane serait un spécialiste de la transe, pendant laquelle son âme est censée quitter le corps pour voyager. Roberte Hamayon a proposé une lecture différente, qui voit dans le chamane un médiateur chargé de négocier avec les esprits de la nature au nom de son groupe, notamment pour la chasse. Ces deux regards rappellent une chose importante : le chamanisme traditionnel est indissociable de la culture et de la communauté qui le pratiquent.

Les grands principes du chamanisme
Malgré la diversité des traditions, on retrouve des éléments communs dans la plupart des pratiques chamaniques :
- l’animisme, c’est-à-dire l’idée que les animaux, les plantes, les pierres et les éléments ont une âme ou un esprit ;
- le chamane comme intermédiaire entre le monde visible et le monde invisible ;
- les trois mondes, souvent appelés monde du bas, monde du milieu et monde du haut ;
- les esprits alliés, et en particulier l’animal de pouvoir, parfois appelé animal totem ;
- le tambour, dont le rythme régulier accompagne l’entrée dans l’état de conscience modifié ;
- les rituels, qui rythment la relation avec la nature et les cycles de la vie.
Dans les sociétés traditionnelles, ces principes ne sont pas des idées abstraites. Ils organisent la vie quotidienne : la chasse, les récoltes, les naissances, les deuils, les conflits. Le chamane y est consulté parce que la communauté reconnaît son rôle, souvent après une longue initiation. C’est une différence importante avec ce que l’on rencontre aujourd’hui chez nous.
Le chamanisme aujourd’hui en Occident
Le chamanisme que l’on rencontre en France est le plus souvent un néo-chamanisme, c’est-à-dire une adaptation occidentale de ces traditions. L’anthropologue américain Michael Harner a joué un rôle important dans cette diffusion, en proposant une pratique centrée sur le voyage au tambour et sur la rencontre avec l’animal de pouvoir, détachée d’une culture particulière.
Inspiration et tradition, deux choses différentes
Je crois qu’il faut être honnête sur ce point. Une personne qui pratique le voyage chamanique à Nîmes n’est pas une chamane sibérienne ou amazonienne : elle s’inspire de ces traditions, avec respect, pour en tirer une pratique personnelle de reconnexion à la nature et à soi. C’est ce que je propose, et je ne prétends pas à autre chose.
Les dérives à connaître
Le succès du néo-chamanisme a aussi attiré des personnes peu scrupuleuses. La Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) alerte régulièrement sur certaines pratiques. Soyez vigilant si l’on vous propose :
- des plantes psychotropes, comme l’ayahuasca ou l’iboga, classées comme stupéfiants en France ;
- une guérison, ou l’arrêt d’un traitement médical ;
- une relation de dépendance à un guide qui se dit seul détenteur de la vérité ;
- des stages de plus en plus coûteux, présentés comme indispensables pour progresser.
Une pratique chamanique sérieuse n’a besoin d’aucune substance : le tambour suffit. Et elle reste un complément de mieux-être, jamais un substitut à un suivi médical ou psychologique.
Ce que la pratique peut apporter
Pratiqué dans un cadre sobre, le chamanisme est avant tout une manière de ralentir et de renouer avec la nature. Les personnes qui le découvrent parlent souvent d’un moment d’apaisement, d’un sentiment de reconnexion à quelque chose de plus grand qu’elles, ou d’images intérieures qui les aident à regarder leur vie autrement. Le rythme du tambour, les rituels simples, le fait de se retrouver en cercle créent un temps à part, loin de l’agitation du quotidien.
Je reste prudente sur ce point : ce sont des expériences personnelles, qui varient beaucoup d’une personne à l’autre, et non des effets garantis. Le chamanisme ne soigne pas une maladie et ne remplace ni un médecin, ni un traitement, ni un suivi psychologique. Il peut en revanche accompagner un cheminement, à côté de ce suivi.
Comment se pratique le chamanisme aujourd’hui
La pratique la plus répandue est le voyage chamanique : allongé ou assis, les yeux fermés, on se laisse porter par le rythme régulier du tambour pour explorer intérieurement les trois mondes et y rencontrer ses alliés. J’ai décrit en détail le déroulement d’un voyage chamanique dans un article à part. On pratique aussi en cercle, autour de rituels simples liés aux saisons, à la gratitude ou au lien avec la nature. Je propose aussi un soin chamanique en séance individuelle au cabinet : c’est alors moi qui voyage pour vous.
Pour ceux qui veulent apprendre, je propose une formation au chamanisme à Nîmes, en présentiel, à raison d’une journée par mois, en groupe de huit personnes au maximum et sans prérequis. Elle avance en quatre étapes : les fondations et le premier voyage au tambour, la rencontre avec l’animal totem et les alliés, l’exploration des trois mondes, puis les rituels et l’autonomie. Le parcours complet est à 800 €. C’est une formation non certifiante, qui se conclut par une attestation de formation.
Ce que j’observe lors d’un premier voyage
La crainte qui revient le plus souvent avant un premier voyage chamanique, c’est de ne pas comprendre, de ne rien voir ou de ne rien ressentir. Je suis là pour rassurer et guider chaque personne tout au long du voyage.
Pendant le voyage, les réactions diffèrent d’une personne à l’autre. Certaines restent dans un état proche de la méditation. D’autres ressentent davantage de choses dans le corps : des vibrations, des tremblements, du froid, du chaud, et parfois des pleurs.
La personne qui m’a le plus marquée traversait un deuil. Pendant le voyage, elle a ressenti dans son corps la douleur de l’âme de la personne décédée, ce qui l’a beaucoup déstabilisée. J’ai alors adapté l’accompagnement pour l’aider à comprendre ce message, à prendre des décisions dans son quotidien et à redevenir maîtresse de ses émotions.
Chacun vit ces expériences à sa manière, et il faut souvent plusieurs voyages avant de se sentir à l’aise avec la pratique : rien n’est attendu, rien n’est imposé.
Questions fréquentes sur le chamanisme
Voici les questions que l’on me pose le plus souvent quand on découvre le chamanisme.
Le chamanisme est-il une religion ?
Pas au sens d’une religion organisée : il n’a ni dogme, ni fondateur, ni texte sacré. C’est un ensemble de pratiques et de croyances liées à la nature, qui varient selon les peuples.
Qu’est-ce qu’un animal totem ?
Dans le chamanisme, c’est un esprit allié qui prend la forme d’un animal et accompagne la personne dans ses voyages. On parle aussi d’animal de pouvoir.
Peut-on pratiquer le chamanisme seul ?
Oui, une fois les bases acquises, beaucoup pratiquent le voyage au tambour chez eux. Il est plus rassurant de commencer accompagné, dans un cadre sobre.
Le chamanisme est-il dangereux ?
Le voyage au tambour est une pratique douce. Les risques viennent surtout des substances psychotropes, illégales en France, et des guides qui créent une dépendance ou promettent une guérison.
Faut-il un don pour pratiquer le chamanisme ?
Non. Le voyage au tambour s’apprend progressivement, et ma formation est ouverte à tous, sans prérequis. La régularité et l’ouverture comptent bien plus qu’un don.